Petits portraits
Toutes ces situations sont parfaitement fictives.
Seuls les vrais super-héros sauront s’y reconnaître (cape de travers et café froid compris).
Il est 5h, Paris s’éveille.
Il est 5h… toi, t’as encore sommeil.
Une semaine. Trois semaines. Un mois. Deux mois. Six mois…
(Je m’arrête là. Au-delà, j’aurais des ennuis avec le gouvernement, qui se plaint qu’on ne fasse plus assez d’enfants.)
Les gens te demandent, tout souriants : « Alors ? Comment ça va ? Il fait ses nuits ? » Mais c’est défendu, c’est interdit, de se plaindre quand on est parent ! Alors t’oses pas, tu minimises ou même tu mens, et tu passes vite au sujet suivant !
Tu sens que le risque le plus grand, c’est l’analyse de ton comportement. Comment faut faire, évidemment, pour mettre au pli ce mini-garnement ?
Et quand vient la nuit, 3e lever, t’es au radar, t’as tout oublié : les grands principes, les bonnes idées. Biberon, tétine ou bien tétée ? C’est pas la couche, tu viens d’la changer !
D’un coup, d’un seul, c’est l’anxiété : ton mode de vie à jamais bouleversé ! Adieu apéros et soirées improvisées, jadis finies par de longues grasses matinées !
C’est un hibou que t’as gagné, à la loterie des nouveau-nés !
Allez courage, baisse pas les bras, prends un café ! Ton p’tit bout de chou vient d’arriver, c’est pas facile pour lui non plus de s’adapter. Vous allez finir par les trouver, ces solutions : vous êtes champion et graine de champion !
Tic-tac… Tic-tac… Lundi matin, 7h58… Départ imminent. Rien (ni personne) n’est prêt !
C’est la course, tous les matins ! C’est des cris, tous les matins ! C’est la bousculade, tous les matins ! Mais comment font les autres ??!
Tu as essayé la méthode du réveil 1h plus tôt : tu étais encore plus crevé.
Tu as essayé la méthode dite de la dictature (menaces et privations terribles de bonbons et d’écran) : tu n’as tenu qu’une journée et demie (et encore, c’était mercredi, y avait pas école) et tes enfants auraient été des héros de la Résistance en 1945…
Tu as essayé la méthode de l’Or-Ga-Ni-Sa-Tion de ta cousine : tu t’es perdu toi-même au 2e alinéa du paragraphe 3B, juste après la vérification de la météo avec le choix de la tenue du lendemain et la préparation des chaussures assorties dans l’entrée, à un angle optimal de 33,65°…
Mais… si tu avais un problème de vue, prendrais-tu les lunettes de ta voisine ? Non ?
À chaque individu son rythme, ses habitudes, et surtout… ses propres adaptations !
PS : et les bougies à la déesse Kali, la déesse indienne à 8 bras, t’as essayé ?!!
La galère de la tenue adéquate… Pas la laine, ça gratte. Le tissu synthétique donne des frissons. Restent en lice le bambou et le coton…
Deuxième danger à écarter : les pantalons trop rigides, les jeans, tu les invalides. Quand on est en hiver, gare aux mollets à l’air ! Sans compter les chaussettes qui compriment, et les collants ? Trop galère, tu supprimes !
La règle pour les hauts avant tout : rien qui ne serre le cou ! Ne pas toucher les oreilles, les cols serrés ? J’te déconseille. Pas non plus de décolleté trop profond, de tee-shirt pas assez long, sinon c’est courant d’air sur le bedon.
Et ce n’est évidemment pas fini, guerre ouverte aux petits plis ! Bien tendues, bien tirées, les chaussettes non-divorcées.
Parlons encore fermetures, tout un programme, une aventure ! Le piège du zip qui se coince, ou pire encore… qui pince. Le bouton qui serre trop, à moins de vouloir faire un garrot ? Celui qui se détache, qui fait le vêtement trop lâche. Les élastiques des sous-vêtements… qui laissent des marques, trop agaçants.
Sans compter l’ennemi numéro un, celui qui met à terre dès le matin : la couture ou l’étiquette qui irrite, qui devrait être à tout jamais proscrite !
Et pour ne pas se mettre le moral à plat, de parler de chaussures on évitera ! Parce qu’au fond, trouver la tenue qui va, c’est toute une science qui fait débat !
Alors dis-moi… et si on restait finalement en pyjama ?
Flexion, extension ! Flexion, extension ! Flexion, extension !
Avec l’âge vient la sagesse. Avec l’âge vient la connaissance. Avec l’âge vient… la Vérité !
Celle qu’on cache aux plus jeunes, celle sur laquelle nos plus éminents physiciens se cassent les dents : le sol devient de plus en plus bas ! Et ouais… dure vérité !
Ou alors… ou alors… avec l’âge ce sont nos bras qui raccourcissent ? Enfin bref, le résultat est le même : il est chaque jour plus difficile d’atteindre nos extrémités !
Bien sûr, on nous vend de belles solutions. Enfin, belles… des charentaises, des chaussettes sans élastique, des chaussons à scratch… Oui, arrivés à cette étape, on oublie et les chaussures, et toute idée d’élégance naturelle.
Les plus athlétiques (ou téméraires, c’est selon) s’essayent au guerrier 3, avec vrille latérale en descente. Niveau confirmé… ou col du fémur certifié !
À ce stade, ce n’est plus vraiment de la souplesse qu’il faudrait. C’est un peu d’ingéniosité. Ou alors vivre… à genoux.
C’est beau, ils ont raison, à 80 ans de vivre toujours à la maison. Tous les deux encore en vie, juste avec quelques petits soucis…
On est aidés, tout est réglé : tous les matins l’infirmier, les vendredis chez le kiné, l’aide-ménagère deux fois par semaine. Et les enfants, régulièrement, viennent aider pour les papiers…
Le médecin me dit souvent :
« Quels changements depuis ce nouveau médicament ?
Vous la trouvez fatiguée, que dit son kiné ?
Elle a perdu du poids, que mange-t-elle aux repas ?
Pour le suivi, c’est tout expliqué ici.
Et pour la radio de jeudi, n’oubliez pas de donner ceci… »
Pour mon arthrose, on reviendra… Pour l’instant, on fait une pause, là, je suis à plat !
Il y a encore tant de choses à régler : installer un lit médicalisé, des feuilles de soins à envoyer, et le plombier qui doit passer.
La douche, les escaliers… il faut se faire une raison : c’est toute la maison qui n’est plus vraiment adaptée.
Une charge mentale de dirigeant d’une équipe d’indépendants, à toujours coordonner sans être vraiment outillé…
Mais c’est beau, ils ont raison, à 80 ans de vivre toujours à la maison. Tous les deux encore en vie, même avec quelques petits soucis…
« Je vais t’aider. » Aïe. La phrase est souvent dite avec le cœur, et pourtant… la manière de faire, les priorités, le rythme… ce ne sont peut-être pas ceux dont tu as besoin.
Parfois ce que tu aimerais vraiment, ce n’est pas de la compagnie, ni un conseil, ni un cadeau. C’est vingt minutes de calme. Un café encore chaud. La vaisselle faite et le linge étendu.
Parfois à l’hôpital, à la place d’un bouquet de fleurs, toi, ce que tu rêverais d’avoir c’est ta crème habituelle, une paire de chaussettes bien chaudes, ou ta tasse préférée.
Et quand tu es fatigué, débordé, avec ton réservoir d’énergie en zone rouge, ton rêve le plus fou ce n’est pas un bon pour une séance de spa… Non.
Ton rêve le plus fou, ça serait : qu’on soit passé prendre le pain et le poulet pour dimanche, qu’on ait changé l’ampoule grillée de la salle de bains, et qu’on t’ait préparé un Thermos de café.
Ce message n’est pas sponsorisé par Thermos… mais on peut toujours rêver !
J’ai perdu mes clés. Impossible de les retrouver… J’ai dû les laisser tomber.
J’ai perdu ma CB. Pourtant j’suis sûr que je l’avais rangée.
J’ai perdu mes lunettes. Elles ne sont ni sur mon front, ni sur la tablette…
J’ai perdu mon téléphone. Dernier modèle en vogue. Appelle-moi pour qu’il sonne.
J’ai perdu le chat. Il n’est pas sur le canapé, il ne répond pas, impossible de le retrouver.
On me dit : tête en l’air, pas concentré, que je le fais exprès… Et pourtant, rien à faire, ma malédiction, ce sont les disparitions !
On a bien cherché, chasse au trésor improvisée, et finalement il s’est avéré : que le chat était dans la cave, enfermé… mes lunettes au-dessus de l’évier, juste posées… mon portable frigorifié, avec les surgelés… ma CB bien planquée, dans la boîte à goûters… et mes clés sur la boîte aux lettres, bien exposées…
Moralité : je ne perds pas les choses. C’est juste qu’avec moi, enfin, elles osent agir selon leur propre loi !
S’il y a une chose dont l’Humain ne peut s’empêcher, c’est les cheveux de ton bambin toucher ! Bruns, blonds, lisses ou crépus, bouclés… ou même tondus.
Au début, il n’y en a pas assez, viennent ensuite les croûtes de lait. Un temps de demi-tonsure, et c’est parti pour les coiffures.
Commence alors la corvée, très rapidement bien classée au top 10 des moments charnières, catégorie « parent » de ta carrière ! Coiffage… Démêlage… Et surtout… lavage !
Malgré toutes tes précautions, tu risques à tout instant l’explosion : c’est trop froid ! C’est trop chaud ! J’ai les oreilles pleines d’eau ! Le savon me pique les yeux ! Ça me tire trop les cheveux !
Mais là où tu te demandes surtout de quelle divinité tu as attiré le courroux, quelles peuvent bien être ces erreurs commises dans une vie antérieure… c’est quand on t’annonce, tout à coup, à l’école… le retour des poux !
Peigne fin, shampoing spécial, lessive à 60°, c’est la panique générale ! Bonnets sous surveillance, chaque tête est scène de délinquance, tu scrutes, tu traques les lentes, le peigne électrique te tente !
Et quand tu penses que c’est fini, que tu t’en es enfin sorti, arrive l’adolescence, une autre partie commence !
Des heures dans la salle de bains, devenue salon de coiffure pour les besoins. S’y agglutinent les shampoings, crèmes, baumes, gels et soins. Mèche à gauche, mèche à droite, dans une ambiance moite, saturée de parfums, dès le petit matin.
Te fais pas d’nœuds, garde tes cheveux… Si tu te sens démuni, t’es libre de faire appel à un ami !
Ça y est, c’est sûr, c’est les vacances ! Pouvoir enfin partir, quelle chance !
La voiture jusqu’au plafond chargée, les p’tits derrière, bien attachés.
Premiers kilomètres, premières questions : « est-ce que t’as fait la pression ? » Check-list improvisée : les volets, ok ; lave-vaisselle, vidé, t’as oublié les maillots de bain, et faudra acheter du pain…
La règle quand on part loin, toujours penser à faire le plein : eau, compote, biscuits, lingettes et sac à vomi, quelques p’tits jeux, des occupations, au-delà de 100 km, c’est plus une option !
Coincés sur l’autoroute avec des hurlements derrière, t’as déjà essayé ça l’année dernière. Maintenant, c’est petites routes et nationales, juste au cas où, pour s’arrêter sans mal.
Ah tiens, cette fois, nouvelle animation : on rajoute un temps pourri à l’équation. Croisons les doigts pour les bouchons, des autres vacanciers qui montent en station.
Enfin, c’est l’arrivée ! Tout le monde est épuisé. Ah non, pardon, autant pour moi : le long trajet en voiture, c’est que le début de l’aventure !
Assis derrière, t’as des p’tits diables qui sont juste devenus intenables. Tant d’énergie difficilement contenue, qui ne demande qu’à s’exprimer sans retenue !
La voiture déchargée, promis, t’auras ton café. Le premier, et quand on y pense, celui qui signe le début des vacances !
Chhhut ! Sois sage ! Arrête de gigoter !
Aaaah… Le bonheur des salles d’attente. Bondées. Avec ton enfant. Voire même, si tu es joueur, tu en as plusieurs !
Bien sûr, tu ne sais pas combien de personnes sont avant toi. Évidemment, si tu avais su, tu aurais prévu : le sac à langer, un paquet de mouchoirs, de quoi grignoter, une pile d’histoires…
Il y a ce monsieur, qui toussote et qui crachote, la dame qui fait les gros yeux, et celle qui… cocotte.
Un vrai bonheur, quand ton RDV n’est pas à l’heure !
Arrivent les questions et la montée en pression : « Pourquoi le monsieur il est moche ? Et qu’est-ce qu’il a dans sa poche ? »
Bébé se met à pleurer, et toi, à transpirer !
Aaaah… Le bonheur des salles d’attente… On se revoit la semaine prochaine, à 11h30 ?
La prochaine fois, c’est promis : t’oublieras pas ton kit de survie !